Depuis plus de deux mille ans, chaque génération se croit le témoin sans précédent d’un monde qui s’effondre. Dès l’Antiquité, les historiens romains – de Salluste à Ammien Marcellin, en passant par Tite-Live ou Tacite – affirment vivre une époque de décadence, regrettant un âge d’or révolu et dénonçant la corruption morale, politique ou sociale de leur temps. Ces diagnostics pessimistes se succèdent d’époque en époque, chacun situant sa Rome idéale dans un passé différent, parfois même critiqué par les générations précédentes. Dans la pensée romaine, le discours décliniste est régulièrement convoqué par les auteurs pour juger le présent, dénoncer les transformations du monde et formuler des normes sociales et politiques.
Partant de ce constat, ce cycle de cours propose d’interroger la notion de déclin non comme un irrésistible fait historique, mais comme une construction intellectuelle, morale et politique, en rappelant par exemple que les anciens Romains ne vécurent pas nécessairement la disparition du pouvoir impérial en Occident, en 476 apr. J.-C., comme une rupture radicale ou comme la « fin » de leur monde, contrairement aux Modernes qui en firent un point final, un basculement conventionnel entre deux périodes historiques. Cet exemple pourra souligner l’écart entre les catégories de l’historiographie moderne et la perception que pouvaient avoir les Anciens des transformations de leur cadre politique à cette époque.
En déconstruisant les catégories de « décadence », de « crise » ou de « fin », ce cycle invite à réfléchir aux usages du passé et à la manière dont les sociétés se racontent elles-mêmes à travers des récits de perte et de dégradation.
À travers Rome, c’est notre propre époque qui est interrogée : pourquoi le thème du « déclin de l’Occident » revient-il avec tant de force aujourd’hui ? Que dit-il de notre rapport au temps, à l’histoire et au changement ? À l’heure où le journal Le Monde questionnait encore la « passion française pour le déclin » dans son édition du 10 janvier 2026 et où les discours déclinistes appliqués à la France, l’Europe ou plus largement l’Occident ponctuent nos calendriers électoraux, Rome, loin d’être un modèle figé, devient ainsi un laboratoire critique pour penser le présent.
Aucune connaissance préalable en Histoire romaine n’est requise pour suivre cet enseignement. Il s’adresse à toutes celles et tous ceux qui souhaitent explorer, à travers les exemples antiques, la manière dont les sociétés d’hier comme d’aujourd’hui racontent avec nostalgie leur propre déclin.
