1er trimestre : Hollywood et le 11 septembre 2001
Selon l’idée communément admise par les historiens, le XXe siècle commence par l’assassinat de l’archiduc François-Ferdinand à Sarajevo, en 1914. Vingt ans après, nous savons désormais que le XXIe siècle a commencé par les attentats du 11-Septembre 2001.
Toujours prompts à rentabiliser le potentiel spectaculaire d’un événement, les studios hollywoodiens attendront cinq ans avant de faire le récit des attentats du 11-Septembre. Ce long silence cinématographique dit bien la force traumatique de cet événement.
Après le 11-Septembre 2001, on se souvient surtout de la spectaculaire neutralisation
des contre-pouvoirs américains. Dans un climat d’unité nationale, les grands médias parurent comme tétanisés, réduits au silence, et ils mirent du temps avant d’émerger de cette torpeur médiatique. Hollywood n’a pas fait exception, et pendant cinq années, la machine à rêves a eu toutes les peines du monde à représenter l’événement. Des films sont retouchés pour éviter de montrer les tours jumelles, d’autres, tournés après, évitent les vues du bas de Manhattan et illustrent ainsi l’autocensure qui sévit dans les studios.
Il aura fallu presque cinq ans pour que la journée du 11-Septembre, uniquement saisie
jusqu’alors par les journaux télévisés ou le cinéma documentaire, soit récupérée par
Hollywood et franchisse le champ de la fiction.
Les deux films recréant les événements du 11-Septembre, Vol 93 (Paul Greengrass) et
World Trade Center (Oliver Stone), sont des films catastrophes. Hollywood sait parfaitement bien dramatiser de manière spectaculaire, d’ailleurs, la corrélation entre avions-suicides et tout un pan du cinéma d’action hollywoodien n’avait alors échappé à personne.
Pourtant, de l’image-tabou à l’image-spectacle, ces cinq années ont permis à certains
réalisateurs de s’exprimer autrement. Par l’allusion, le symbolisme ou les références
explicites et historiques, Spike Lee (La 25e heure), Steven Spielberg (Munich, Le Terminal, La Guerre des Mondes), Woody Allen (Anything Else), M. Night Shyamalan (Signes, Le
Village) ou Martin Scorsese (Gangs of New York) ont réussi à porter un autre discours sur le présent.
Ce cours propose d’analyser la prise de position artistique de ces réalisateurs, notamment les moyens cinématographiques mis en œuvre pour s’exprimer dans une période troublée, et enfin, d’observer, 20 ans après, l’influence du 11-Septembre sur Hollywood.
2e semestre : Roberto Rossellini
Comment un réalisateur qui n’avait presque rien fait de sa vie avant ses 35 ans à part
dilapider son héritage en voitures de course et en filles, un jeune bourgeois romain plutôt superficiel, qui avait réalisé trois films qui exhalaient quelques relents du fascisme ambiant, a-t-il pu tourner, alors que les nazis occupaient alors Rome, le film considéré comme l’acte de naissance du cinéma néo-réaliste : Rome, ville ouverte (1945) ?
Les films de Roberto Rossellini semblent mussoliniens sous Mussolini, mais sa fréquentation, à la même époque, des cercles communistes fait que ses films ne sont pas tout à fait fascistes. Ainsi, Rome, ville ouverte est le reflet de ces nombreuses influences, idéologiques, religieuses ou politiques qui submergent littéralement le réalisateur à la
libération de l’Italie. Suivront Païsa (1946) et Allemagne années zéro (1948) pour compléter sa trilogie de la guerre.
Les personnages rosselliniens sont le fruit d’une époque ambiguë, et leur visage,
magnifiquement mis en scène, révèle la complexité de leur parcours, mais aussi du contexte historique. Ces personnages sont les véritables créateurs du récit, dès lors, la narration, fougueuse et directe, illustre les mouvements, intérieurs et extérieurs, des hommes.
Rossellini qui, selon la formule de Truffaut, « aimait plus la vie que le cinéma », va
marquer une étape majeure dans l’histoire du cinéma avec la rencontre amoureuse, mais surtout artistique avec Ingrid Bergman.
De cette rencontre, et de cette collaboration, naît le cinéma moderne : Stromboli
(1950), Europe 51 (1952) et Voyage en Italie (1954), des films où la star hollywoodienne est
confrontée à la réalité, la pauvreté, la violence sociale de l’Italie de l’après-guerre, et surtout, de l’après-fascisme. Filmé d’une manière quasi-documentaire, ce dialogue entre la célèbre actrice hollywoodienne et ce peuple vaincu et rugueux, fait naître un cinéma d’une remarquable modernité. Cette brillante collaboration s’achèvera avec Jeanne au bûcher (1954) et La Peur (1954).
De la naissance du néoréalisme au cinéma de la modernité, ce cours aura pour objet
l’analyse de cette nouvelle approche de l’homme, ce regard poétique d’une modernité
cinématographique qui tente de rendre compte du réel par le biais de la fiction.
