Représenter l’eau est un défi : comment fixer sur la toile ou dans la pierre ce qui par essence est en mouvement ? Comment traduire le volume, l’étendue, la transparence, la substance d’un élément naturel aussi changeant que l’eau, capable de passer de l’état liquide à celui du solide ou de vapeur, de passer de la transparence à l’opacité ? Comment donner une forme à ce qui est informe ? Quelle couleur lui donner, blanche comme l’affirme le peintre Giovanni Lomazzo ou verte selon Vinci et Alberti ?
Et qu’est-ce que l’eau pour les peintres ? Un simple élément de paysage, qui au même titre que l’air, la terre, le feu définit et borne le monde créé, ainsi relégué au décor des ports, des combats navals ou des scènes bibliques ? « S’il est vrai que la peinture est la fleur de tous les arts, alors la fable de Narcisse convient parfaitement à la peinture. La peinture est-elle autre chose que l’art d’embrasser ainsi la surface d’une fontaine ? » écrivait Alberti en 1435 à propos de Narcisse, qu’il considérait comme « l’inventeur de la peinture » ? « L’eau miroir » de la renaissance partagerait-elle avec la peinture d’être une surface plane, lisse, immobile, stable ? À quelle époque les peintres prennent-ils conscience que l’eau est aussi mouvement, vague, tourbillon, cascade, écume ? Pluie, neige, brouillard ? C’est-à-dire instable. Et que c’est précisément cette instabilité qu’ils vont chercher à traduire et à représenter, faisant par là même de ce qui n’était qu’un motif un sujet à part entière.
