Les films d’Akira Kurosawa,
analyse et symbolique.
Nous sommes le 10 Septembre 1951, à Venise. Pour la première fois de l’Histoire du Cinéma, un film japonais reçoit le prestigieux Lion d’Or de la Mostra. Ce film, c’est Rashomon, le 10e film d’un réalisateur inconnu de l’Occident, Akira Kurosawa.
Ce jour-là, Kurosawa est parti à la pêche. Il est dépressif, considère sa carrière finie car les producteurs de son nouveau film, L’idiot, ambitieuse adaptation du roman de Dostoïevski, ont sauvagement amputé l’œuvre de plus de 100 minutes, réduisant au passage le précieux négatif en cendres. Le malheureux réalisateur n’a rien pu faire. Son film est définitivement mutilé et très mal reçu des critiques. Le succès public, bien que médiocre, est la seule consolation du cinéaste.
Lorsque Kurosawa rentre chez lui et apprend ce qu’il s’est passé à Venise, il est sidéré. Ce prix, c’est la porte ouverte à une reconnaissance internationale qui ne se démentira jamais. A tout juste 40 ans, Akira Kurosawa devient du jour au lendemain le porte-étendard d’un cinéma japonais prolifique et original, totalement inconnu des spectateurs occidentaux. Son art sera célébré de la Russie soviétique à l’Amérique, mais aussi dans toute l’Europe. Ses films seront copiés, ses cadrages reproduits, ses techniques imitées, sa science éblouissante du montage portée aux nues, ses influences discutées sans relâche.
Car le cinéma d’Akira Kurosawa implique bien plus que le travail, déjà colossal, d’un réalisateur engagé dans chaque étape de la réalisation et dont beaucoup de films sont des tours de force. Fin connaisseur de la littérature, tant japonaise qu’occidentale, il est également scénariste, dessinateur, peintre et surtout monteur de ses propres films. Plus qu’un simple réalisateur, Akira Kurosawa, qui s’implique dans la production de ses films jusqu’à dessiner les costumes lui-même, est avant tout un créateur. Perfectionniste, dictatorial, adulé de son équipe, parfois détesté de ses acteurs pour son intransigeance, il sera d’ailleurs surnommé “l’Empereur” dans le monde du cinéma japonais.
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En une petite trentaine de films seulement, Akira Kurosawa devient l’un des réalisateurs les plus influents du monde et est aujourd’hui encore considéré comme l’un des plus grands monteurs de l’Histoire du Cinéma.
A la fois lyrique, audacieux, humaniste et symbolique, le cinéma d’Akira Kurosawa fait le lien entre des traditions cinématographiques occidentales (les films de John Ford, de Jean Renoir, le cinéma expressionniste allemand) et la culture et l’Histoire japonaises, n’hésitant pas à mélanger Shakespeare ou Gorki avec le théâtre Kabuki et Nô. Passionné par les avancées technologiques d’un médium sans cesse renouvelé, il innove en permanence, toujours avec succès.
C’est à la découverte de ce cinéma virtuose, à la fois profondément ancré dans son temps mais aussi révélateur des drames éternels de la condition humaine, que ce cours vous convie. En suivant un ordre chronologique qui nous conduira des années 30 aux années 90, nous explorerons les thèmes de prédilection du cinéaste. Par l’analyse de l’image, des influences, tant littéraires que graphiques et cinématographiques, par le rapport à l’Histoire, le cours tentera de définir le “style” Kurosawa. Enfin, une place importante sera donnée à ceux sans lesquels le cinéaste n’aurait pu exprimer ses tourments, ses obsessions, ses espoirs et ses doutes, ni donner corps à ses visions singulières : son équipe technique ainsi que les acteurs et actrices exceptionnels qui ont tourné sous sa direction.
Et enfin, parce qu’il n’y a pas de grande histoire sans petites anecdotes, nous pénétrerons sur les lieux de tournage et suivrons au moyen de documents rares, parfois inédits en France, le quotidien du réalisateur, des acteurs et des techniciens.
Naissance d’un grand réalisateur :
Akira Kurosawa et la Seconde Guerre Mondiale
L’Empereur et le Loup : la rencontre avec Toshiro Mifune
L’ouverture au monde
Les sept samouraï
Le triptyque de la misère
Le chef d’œuvre oublié
Aventure et innovation
Terrifiants films noirs
Un chambara en deux parties : Yojimbo et Sanjuro
La fin sublime d’une époque
La couleur, enfin ! Satire et fresques épiques (1 et 2)
Les dernières œuvres et l’héritage d’Akira Kurosawa
