Le cinéma surréaliste.

Les années 20
On n’épuisera jamais la richesse de l’avant-garde des années 20 qui offre une multiplicité d’approches de l’art du cinéma. Ses rapports avec les autres arts : peinture, littérature, musique.
« Les œuvres des années 20 maintiennent en leur cœur une tension fébrile, une fragilité vivante que nombre d’œuvres plus tardives auront tendance à perdre, assurées qu’elles sont – sans plus avoir à livrer bataille – de leur liberté déjà conquise.
L’art s’est libéré dans le cubisme du contenu idéologique et s’est mis à construire sa propre forme. Il en est de même au cinéma qui, pour le moment, est une autre bonne qui doit se libérer et comprendre, comme les peintres cubistes l’ont compris, que la peinture peut exister sans image, sans quotidienneté, et sans la face des idées. Alors le cinéma réfléchira à sa propre culture « en tant que telle ». » Kasimir Malevitch
Un cinéma de recherche, un cinéma en avance, un cinéma d’éclaireurs. Qu’il soit underground, cinéma direct, d’avant-garde ou autre, le film expérimental n’est autre que le cinéma lui-même dans sa constante évolution, tant il est vrai qu’un film expérimental réussi n’est autre que le classique de demain. Est expérimental tout film où les préoccupations formelles sont au poste de commande (…)
(…) Parfois rudimentaires sur le plan technique, parfois très élaborées grâce aux pouvoirs multiples de la caméra, ces œuvres ont pour but de créer un véritable langage cinématographique permettant d’exprimer de nouvelles façons de voir, et de capter de nouvelles relations entre les humains et les choses, entre le rêve et la réalité ; enfin, de créer de nouvelles formes de rythme et de mouvement.
Ces films nous rappellent combien il est nécessaire qu’en marge des grandes productions se développe une avant-garde où le cinéma puisse être reconnu comme moyen d’expression indépendant et personnel. Cette forme de créativité a souvent été

négligée parce que très rarement d’un abord facile ou commercial. Et pourtant, les films d’avant-garde, depuis le début du cinéma jusqu’à nos jours, les œuvres expérimentales vont doter le cinéma de son statut d’art à part entière.
Vers le milieu des années 20 : naissance de l’avant-garde française représentée par Jean Epstein, Germaine Dulac, René Clair, Marcel L’Herbier, Abel Gance, Marcel Duchamp, Henri Chomette et Man Ray.
D’après Eloge du cinéma expérimental, Dominique Noguez, Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou – 1979
Le surréalisme définit comme un « automatisme psychique pur » permettant d’exprimer la réalité de ses pensées, sans censure, que ce soit par l’écriture, le dessin, ou de toute autre manière. Le surréalisme est basé sur l’exploration du monde onirique, dans l’espoir de reconnecter l’Homme avec son intériorité. Souvent salué par la critique et très peu dans les salles, c’est un cinéma qui impose une représentation pratiquement sans filtre de la pensée de l’auteur. Un véritable effort de médiation directe entre l’œuvre et le spectateur.

Filmographie (non exhaustive) :
1924 : Entr’acte de René Clair [Film dadaïste à l’origine]
1928 : La Coquille et le Clergyman de Germaine Dulac
1929 : Un chien andalou de Luis Buñuel et Salvador Dalí
1929 : L’Étoile de mer de Man Ray
1930 : L’Âge d’or de Luis Buñuel (avec l’aide de Salvador Dalí)
1930 : Le Sang d’un poète de Jean Cocteau
1943 : Meshes of the Afternoon de Maya Deren et Alexander Hammid
1957 : La Cravate de Alejandro Jodorowsky
1945 : : La Maison du docteur Edwardes d’Alfred Hitchcock (la séquence du rêve de Gregory Peck dont les décors ont été peints par Salvador Dalí même, s’inspirant de son travail sur l’oeil pour Un chien Andalou,)
1946 : La Belle et la Bête de Jean Cocteau
1950 : Orphée de Jean Cocteau
1970 : The Grandmother de David Lynch
1974 : Le Fantôme de la liberté de Luis Buñuel
1976 : Eraserhead de David Lynch
1976 : Jabberwocky de Terry Gilliam
1979 : Fascination de Jean Rollin
1980 : Le Manège de Marc Caro et Jean-Pierre Jeunet
1985 : Brazil de Terry Gilliam
1989 : Marquis de Henri Xhonneux, scénario de Roland Topor
2010 : Rubber de Quentin Dupieux