S’il est certain que j’ai eu plaisir à faire ma spécialité de la musique française du XIXème siècle, il est un compositeur sur lequel j’ai particulièrement travaillé, c’est Massenet (je laisse le Jules de côté : il détestait son prénom) ! Cet intérêt particulier m’a même conduit à rencontrer l’actuelle famille Bessand-Massenet (j’ai déjeuné au château d’Egreville) et même croisé dans les années 70 des gens ayant connu le compositeur dans leur jeunesse ! Ceci est certes anecdotique mais confère une grande complicité avec ce Maître incontesté de la musique française.

Auteur de 25 opéras (comme Verdi), 3 drames sacrés, 1 oratorio, 3 ballets, 7 suites d’orchestre, 1 concerto pour piano, de la musique de scène et d’innombrables mélodies, Massenet s’est illustré avec bonheur dans tous les genres : Grand-opéra, Opéra-comique, Opéra-fantastique, Conte de fées, Opéra vériste, Opéra naturaliste, Opéra-romantique, Mystère médiéval etc… Son œuvre est gigantesque : le mot est de Puccini. Mais ce qui fait de Massenet un compositeur unique en son genre, c’est qu’il a été capable de se renouveler dans chacune de ses œuvres. Pour illustrer ce propos, prenons l’année 1894, riche de créations : 16 mars : Thaïs, drame psychologique sur fond d’orientalisme ; 8 mai : Le Portrait de Manon, gentille bluette, suite de la Manon de 1884, destinée à de petites scènes ; 20 juin : La Navarraise, épisode sanglant de la guerre carliste, dans le style vériste. On pourrait multiplier les exemples à l’infini…

Détesté et ridiculisé durant les années 60, Massenet a retrouvé aujourd’hui la place qui lui est due au rang des plus grands compositeurs lyriques et ce, grâce aux Anglo-Saxons et au Festival de Saint-Etienne qui a fait redécouvrir – et enregistrer – tout un pan de son œuvre méconnue. Malgré cela, on peut encore entendre des contre-vérités à son sujet, notamment le fait qu’il ait toujours cherché à plaire à son public. La meilleure preuve que ceci est faux, c’est qu’il a beaucoup moins plu à partir de 1900 ! Celui qui fut le professeur de toute la nouvelle Ecole Française du début du XXème siècle a modernisé son style, suivant l’évolution naturelle de l’art lyrique, mais de façon très personnelle, cherchant sans cesse d’autres moyens d’expression. Ainsi, chaque nouvel ouvrage fait preuve d’inédit et d’originalité : un opéra sans aucun rôle de femme : Le Jongleur de Notre-Dame (n’a-t-on pas dit que Massenet était le musicien de la femme ???) ; recherche constante de l’effet dramatique de la voix parlée dans l’opéra : Thérèse ; un acte entier déclamé dans un opéra sans aucune note de… chant (!) : Amadis ; un opéra qui doit commencer dans le brouhaha de la salle : Panurge…. On pourrait multiplier les exemples, pas toujours compris par les amoureux du compositeur qui auraient toujours voulu entendre des Manon et des Werther… Alors, on a dit que l’astre avait pâli !…

C’est tout cet aspect méconnu du compositeur que je souhaite faire découvrir au travers de 18 cours mettant en évidence non seulement les opéras mais aussi la musique symphonique, religieuse, chorégraphique et pianistique de celui qui a fait la gloire du répertoire français, disparu il y a tout juste 110 ans.